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Posté le Jeudi 29 juin 2017 |
Nicolas Fleury |

Vers des compétences adaptées aux besoins d’une économie digitalisée

La digitalisation porte des évolutions majeures, notamment à travers ses effets (incertains) sur le volume de l’emploi, mais aussi ses conséquences sur les métiers et leur contenu. Certains métiers vont apparaître, d’autres disparaître, d’autres encore vont évoluer pour s’adapter aux besoins de l’économie. Les compétences demandées par les entreprises vont devoir ainsi répondre aux besoins de transformation de l’économie, ce qui nécessite une adaptation des formations et des certifications en vigueur.

La Lettre du CEP n°29 revient sur les compétences demandées dans une économie qui se digitalise et sur les enjeux qui en découlent.

Compétences et besoins de compétences à l’heure du numérique

Les besoins de compétences entraînés par la digitalisation s’accélèrent, et portent à la fois sur les emplois propres au secteur numérique (les profils très qualifiés y étant de plus en plus demandés), mais également, et surtout, sur les emplois des autres secteurs (parfois par « hybridation » des métiers : en incorporant un couche de composante numérique aux métiers existants). En automatisant une partie des tâches effectuées par les emplois qualifiés, les technologies du digital portent un risque de déclassement sur les salariés concernés (et donc pas seulement les non qualifiés).
L’évolution des métiers déjà existants est marquée, outre l’acquisition de compétences numériques (techniques) adaptées aux nécessités d’évolution du contenu des métiers, par un besoin accru de profils polyvalents et de compétences transversales, d’ordres analytiques et relationnelles (les « soft skills »), et cela, pas seulement dans le secteur du numérique. Cette demande s’inscrit en effet dans un paysage économique et social où l’information, sa maîtrise, la faculté d’analyse sont plus que jamais essentielles.

La France est moyennement dotée en compétences numériques : selon les données disponibles, 56% de la population active possède au moins des compétences numériques basiques, ce qui correspond à la moyenne européenne. De plus, la France possède une très forte proportion de « diplômés scientifiques et techniques », s’installant même au deuxième rang européen en 2016. Il existe cependant une pénurie de travailleurs formés aux métiers du numérique, qui va aller en s’accroissant sur les prochaines années selon le rapport « e-skills » de la Commission Européenne.

La réponse du système de formation aux besoins de compétences dans une économie digitalisée

Afin de promouvoir et de favoriser l’apprentissage des compétences numériques, plusieurs initiatives européennes ont été lancées. Elles passent notamment par les actions du « Nouvel Agenda pour les compétences et les emplois numériques », le lancement du « Partenariat pour les compétences et les emplois numériques », la mise en place du « référentiel européen, pour les compétences clés des citoyens européens en termes de digital », DigComp. Ce référentiel considère huit niveaux différents de compétences digitales, de « basique » à « très spécialisé ». Ce référentiel est proposé par la Commission Européenne comme guide à mobiliser au niveau européen (exemple : pour la révision de l’Europass) et au niveau des Etats membres. Ceux-ci l’utilisent déjà à des degrés divers au niveau national ou régional (pour la formation des enseignants, pour l’auto-évaluation des étudiants et des salariés, pour orienter l’offre de formation, ou pour le système de certification).

En France, de nombreuses initiatives ont été lancées afin d’accompagner la digitalisation de l’économie, en particulier, le Plan numérique pour l’éducation mis en place dès 2015, la Grande école du numérique, regroupant les formations labellisées en lien avec la digitalisation de l’économie, ou les Campus des métiers et des qualifications, créés en 2013.

Le renouvellement et la mise à jour des certifications existantes (que ce soit au niveau de la formation initiale ou de la formation continue), en particulier vis-à-vis du numérique, portent des enjeux importants de relations sociales : la certification reconnait la valeur d’une qualification, en tant que réponse aux besoins existants sur le marché du travail. Dans tous les cas, la mise en place d’une certification prend du temps : près d’un an est ainsi nécessaire pour la mise en place un titre professionnel, et souvent plusieurs années pour celle d’une certification professionnelle de l’Education Nationale. Par ailleurs, deux années minimum sont nécessaires avant le renouvellement d’un titre professionnel (reconnu par le ministère du travail, la durée de vie d’un titre étant de 5 ans).

Pour certaines technologies numériques qui se mettent en place très rapidement, le temps d’adaptation des certifications est en effet un enjeu en soi. D’autres débats majeurs se rapportent aux places respectives de la formation initiale et de la formation professionnelle, à l’importance de la formation des managers mais aussi des enseignants, à l’investissement des entreprises dans les compétences numériques de leurs employés, ou bien à la question de l’apprentissage des softs skills à l’école ou bien pour les salariés déjà en poste.

Les transformations de l’économie par le numérique nécessitent une transformation du secteur de la formation professionnelle. Le digital change à la fois la manière dont les organismes de formation travaillent, le contenu de leurs formations, et la demande en termes de volume de bénéficiaires de formation. Selon certaines estimations, le coût d’accompagnement en termes de formation des salariés à la transformation digitale s’élèverait à plusieurs milliards d’euros. Cela pose des enjeux essentiels en termes de masse potentielle de financements à collecter pour les OPCA. Ces évolutions conduisent certains observateurs à demander un « plan Marshall » d’adaptation de l’économie française au numérique.

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