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Posté le Mardi 22 mars 2016 |
Clémence Clos |

Pourquoi AirBnb n'est pas une menace pour (tout) le secteur hôtelier français

Sans cesse assimilée à Uber, la société AirBnb est accusée de menacer l’ensemble du secteur hôtelier français et d’être un paradis fiscal pour des loueurs à la petite semaine. Ces discours anxiogènes masquent des réalités beaucoup plus diverses.

Le paysage économique français est agité depuis quelques années par l’arrivée de nouvelles entreprises nées sur Internet telles qu’AirBnb, Blablacar ou le fameux Uber. Ces entreprises se revendiquent ou sont rangées par les journalistes et divers analystes sectoriels parmi les entreprises dites « collaboratives », dans la mesure où elles mettent en relation des particuliers via des plateformes en ligne. Cette appellation entretient un certain flou artistique masquant des différences majeures entre les activités qu’elle recouvre. Le propos ici est de démystifier le discours qui entoure une entreprise en particulier : AirBnb. L’entreprise, créée en 2008, et valorisée à 20 milliards de dollars l’an passé, est sans cesse confondue avec Uber. Analysée dans son sillage, elle est accusée de menacer l’ensemble du secteur hôtelier français et d’être un paradis fiscal pour des loueurs à la petite semaine. Les raccourcis et les propos accusateurs pleuvent sans que personne ne songe à se demander où est la menace et si elle existe même.

Quelle captation d’AirBnb ?

Une approche industrielle du service Le tourisme en France génère chaque année 42,7 milliards d’euros, soit 7% du PIB dont 2,4% sont le fait du secteur HCR (Hôtels-Cafés-Restaurants). Se donner une idée du chiffre d’affaires produit par le secteur est envisageable, estimer la part qui échapperait à l’hôtellerie traditionnelle via AirBnb est plus compliqué : comment estimer la part des clients d’AirBnb qui seraient venus à l’hôtel ? Tout au plus peut-on en donner quelques vagues approximations. Les chiffres alarmants foisonnent dans la presse et les réseaux sociaux : AirBnb proposerait plus de chambres que les acteurs traditionnels de l’hôtellerie. Oui… mais une chambre proposée chez un particulier n’a rien de commun avec une chambre d’hôtel. Le taux d’occupation est de loin supérieur dans un hôtel dont la chambre ne sert qu’à l’hôtel : de l’ordre de 70% en moyenne, contre 10% dans les chambres AirBnb. Proposer une multitude de chambres, c’est bien, les occuper, c’est mieux, et sur la question, les acteurs traditionnels ont une avance importante, en particulier parce que c’est leur métier. La taxe de séjour collectée auprès d’AirBnb sur les locations confirme ces premiers éléments : l’entreprise n’a collecté que 1,2 million au premier trimestre 2015 à Paris quand le secteur en collectait 8,5 millions.

Et justement, parce que l’hôtellerie est un métier, faire un amalgame et considérer AirBnb comme un concurrent direct concourt à la dévalorisation du métier même d’hôtelier. Le secteur hôtelier traditionnel ne met pas qu’une chambre à disposition des clients : c’est davantage un service dont la chambre n’est que le support qui est vendu dans l’hôtellerie traditionnelle, quand, au contraire, AirBnb ne vend lui que le support. Un hôtel, c’est avant tout un service hôtelier qui repose sur l’accueil, la qualité, le « sens du service » : il s’agit de ne pas résumer l’hôtellerie traditionnelle à la location d’une chambre. A niveau de service équivalent, AirBnb est plus en concurrence directe avec les appart-hôtels qu’avec l’hôtellerie traditionnelle.

La menace AirBnb : un renforcement de la polarisation du secteur

Répondre aux quelques préjugés évoqués permet de comprendre les vrais dangers qu’AirBnb présente pour le secteur hôtelier. En effet, parce que le service hôtelier ne se résume pas à louer un chambre, la valeur ajoutée se situe ailleurs : dans un service et la qualité de ce service. Or, tous les hôteliers ne sont pas égaux dans la capacité à fournir un service de qualité. Certains hôteliers tirent leur épingle du jeu et parviennent à devenir très concurrentiels, soit en misant sur le luxe, soit en misant sur la standardisation du service. Mais une partie des hôteliers sont directement menacés par AirBnb : les indépendants gérants de petits hôtels, et les hôtels de gamme basse parce qu’ils offrent de fait un service similaire à celui que proposent les particuliers sur le site.

L’arrivée d’AirBnb permet d’accentuer une polarisation forte dans le secteur qui oppose des hôtels très rentables (les hôtels de chaîne et les hôtels de luxe) aux hôtels peu rentables : les petits hôtels indépendants. AirBnb n’est pas une menace pour les grands groupes hôteliers, ni pour les hôtels de la place Vendôme. Il menace en revanche les petits hôtels de quartier.

Les OTA : le cheval de Troie du secteur

Il est un autre groupe d’entreprises de l’Internet qui sont quant à elles beaucoup plus menaçantes pour l’ensemble du secteur : les Online Travel Agencies (OTA). Très souvent confondues avec AirBnb, ou encore avec des sites tels que Tripadvisor, elles n’ont pourtant pas grand-chose en commun. Le terme OTA, dont Booking.com ou Hotels.com, désigne des sociétés qui vendent en ligne des chambres appartenant à des hôtels. Les OTA se rémunèrent à partir d’une commission prise sur les chambres vendues. Ces commissions sont souvent très élevées. Elles exercent alors une pression importante sur les hôteliers qui sont bien souvent contraints de louer leurs chambres via les OTA, car elles leur assurent une forte visibilité sur leurs sites Internet.

Par ailleurs, les OTA représentent une concurrence aux dispositifs classiques de l’évaluation de la qualité dans le secteur hôtelier dans la mesure où, sur les sites en lignes, les hôtels sont également classés. Or, les hôteliers n’ont plus de poids dans la définition des critères de qualité du secteur (définis par Atout France), et ils n’ont aucun contrôle sur les algorithmes qui permettent à tel hôtel de sortir en premier ou en dernier dans les résultats de recherche.

AirBnb, une entreprise « collaborative » ou un nouveau mot pour l’économie de marché ?

Les OTA et AirBnb ont des modèles très différents de rentabilité et ne pèsent pas de la même manière sur l’économie du secteur hôtelier. Elles sont pourtant rangées dans ce que l’on nomme l’économie «collaborative» alors qu’elles permettent de monétariser des pratiques qui jusque-là ne l’étaient pas : faire du stop (Blablacar), héberger les amis d’un cousin (AirBnb). AirBnb n’est pas plus collaborative que n’importe quelle société qui participe à définir le système capitaliste via la marchandisation croissante des échanges. Bien que ces entreprises facilitent l’intermédiation et le service, l’emploi de ce mot permet d’entretenir le flou évoqué autour de pratiques anciennes.

La façon dont AirBnb a industrialisé ses pratiques rapidement, mais aussi la création de sociétés connexes chargées de l’entretien des appartements (Bnbsitter), interroge cet aspect et participe à l’image «jeune et moderne» qui caractérise AirBnb.

L’utilisation d’AirBnb contribue à augmenter les inégalités de patrimoine. En effet, pour pouvoir louer une chambre, voire un appartement sur le site d’AirBnb, encore faut-il posséder cette chambre. Ceux qui ont déjà assez de moyens pour avoir une pièce en plus ou un appartement à louer réussissent à tirer profit, au sens propre, de leur bien immobilier, ce qui participe au creusement des inégalités entre les propriétaires et les locataires. Pour ces derniers, louer une chambre ou son logement, même pour une courte durée, reste juridiquement plus compliqué, voire impossible.

AirBnb : nouvelle marotte pour peser sur l’emploi et les conditions de travail

AirBnb est une menace pour une partie du secteur hôtelier, mais c’est surtout au niveau de l’emploi et des conditions de travail que le bât blesse. Ce discours d’un secteur hôtelier menacé permet de jouer à couteaux tirés sur les conditions d’emploi et de travail de travailleurs déjà pressurisés par ailleurs. Les jeunes sont surreprésentés dans le secteur, de même que les non-cadres, ce qui explique que le secteur offre des salaires moyens plus faibles que dans le reste de l’économie (Beauvois, 2003). Les conditions de travail y sont particulièrement difficiles : travail physique pénible, horaires décalés, travail de nuit pour une partie des travailleurs, contrainte des clients et intensification du travail. La faiblesse des rémunérations, combinée à des conditions de travail difficiles, explique le fort turnover de la main d’œuvre du secteur.

Mais les démarches qui renforcent des problématiques déjà présentes – hausse de la rationalisation du travail, turnover important, coupes dans les effectifs – trouvent un nouveau prétexte : c’est la faute d’AirBnb. Alors, à qui profite le crime ?

2 commentaires
  • Alain Petitjean
    , Vendredi 2 décembre 2016 16:27
    Ce billet traite des effets d’AirBnb sur le secteur hôtelier, comme l’indique son titre. Il n’a pas pour objet d’exposer l’ensemble des conséquences du développement d’AirBnb. Le cœur du propos est de pointer un risque de polarisation dans le secteur car AirBnb a des effets différents sur les hôtels selon leur qualité de service : « AirBnb n’est pas une menace pour les grands groupes hôteliers, ni pour les hôtels de la place Vendôme. Il menace en revanche les petits hôtels de quartier ».
    Votre commentaire porte sur les effets d’AirBnb sur d’autres marchés que le marché hôtelier, en l’occurrence le marché immobilier et celui de la location. Ces effets sont réels. En ce sens, votre commentaire est complémentaire de cet article.
  • Third
    , Vendredi 2 décembre 2016 10:28
    Vous ne parlez que de la concurrence entre AirBnB et les hôteliers en affirmant que AirBnB n'est pas une menace !!!
    Vous n'avez pas faire de vrai recherche sur le sujet ? !

    On ne loue par que une simple chambre via AirBnB, c'est pour beaucoup des logements entiers avec tout le confort. La menace est bien réel car en plus de faire de la concurrence au métier de l'hôtelrie, AirBnB épuisse les logements initialement destinés à l'habitant.
    On se retrouve aujourd'hui avec des quartiers, des villes, vidé des ces habitant par force pour les remplacer par des touristes qui rapporte très peu en réalité. En plus, les propriétaires ne déclarent pas leurs revues de ce business.
    Augmentation des prix de l'immo, raréfaction des biens en location classique... non AirBnB n'est pas une menace (mdr)
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