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Posté le Mardi 5 mars 2019 |
Alain Petitjean |

La grande peur des classes moyennes françaises éclairée par les mutations de l’emploi

Deux tendances majeures animent les marchés du travail : le phénomène de polarisation (croissance des emplois aux deux extrêmes de la distribution par rapport à ceux situés au milieu), et le phénomène de valorisation (montée en qualification vers des emplois plus qualifiés). A l’heure où les classes moyennes et populaires font entendre leurs craintes et leur désenchantement vis-à-vis de la mondialisation, les analyses de la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound) sur la structure de l’emploi en Europe apportent un éclairage judicieux sur la réalité de cette angoisse.

La Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound, 2018) analyse les évolutions de la structure de l’emploi  par quintile de rémunération, avec une dimension prospective, à horizon 2030, basée sur les projections pour le marché du travail en Europe effectuées par le Centre européen pour le développement de la formation professionnelle (Cedefop, 2018). Les classes moyennes inférieures et médianes représentent les 2e et 3e quintile de la population. L’analyse historique distingue plusieurs périodes, se caractérisant par des changements différents de la structure de l’emploi :

‒ Avant la crise de 2008, la tendance est au développement général de l’emploi, avec une croissance plus marquée dans les deux quintiles les plus élevés, et dans le quintile le plus bas. Tous gagnants donc, mais la classe moyenne, un peu moins que les autres.

‒ Les années de crise 2008-2010 ont enregistré des pertes importantes d’emploi dans le 2e et 3e quintile : les mêmes qui avaient moins profité des années d’avant-crise. Cette tendance se poursuit, avec des destructions d’emplois moindres, lors de la période suivante de début de reprise économique (2011-2013).

‒ Sur ces deux périodes, le quintile supérieur est le seul à avoir vu son effectif continuer à croître. L’emploi peu qualifié a lui aussi payé son écot à la crise. Tous perdants, sauf les plus riches…

‒ La dernière période (2013-2016) renoue avec la croissance de l’emploi dans tous les quintiles, de façon plus équilibrée qu’avant crise, mais avec un avantage persistant au 5e quintile, le plus qualifié. Tous gagnants, mais les riches plus que les autres.

‒ Les prévisions pour la période 2015 – 2030 prolongent cette croissance future de l’emploi, mais de manière très modérée pour ces deux quintiles intermédiaires. Ainsi, ils auront été les perdants sur près d’un quart de siècle, en période de crise comme en période de reprise ou d’embellie…

Comparativement aux situations observées dans d’autres pays d’Europe (voir billet « En Europe, derrière la polarisation du marché du travail, des trajectoires nationales différentes »), la courbe française, en bosse de chameau, alimente les réflexions sur les risques de déclassement comme sur le ressenti général des classes moyennes / inférieures.

Sauf capacité à monter significativement en compétence et qualification, les classes populaires (2e décile) se sont trouvées confrontées à une baisse de leurs perspectives d’emploi. Le même dilemme s’est posé pour les classes moyennes supérieures (4e quintile). Quant aux classes moyennes stricto sensu (3e décile), si l’emploi accessible leur est resté dynamique, il recèle par ailleurs une situation de blocage latent dans la même catégorie sociale (version professionnelle de la fameuse disparition de l’ascenseur social).

Ainsi, peur de perdre et disparition des opportunités de progresser (voir billet « Egalité des chances, un idéal toujours fuyant ») se sont donc conjuguées pour l’ensemble des classes moyennes, concourant à forger une représentation très négative de leur sort. Les perspectives paraissent à peine moins négatives : guère de nature en tout état de cause à modifier fortement les perceptions.

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