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Posté le Mercredi 27 novembre 2013 |
Clémence Clos |

La création d’une nouvelle section « Économie et société » par le CNU : un enjeu de société

Début 2013, l’Association Française d’Économie Politique (AFEP) présidée par André Orléan lançait un appel au Conseil National des Universités (CNU) pour la création d’une nouvelle section : « Économie et Société ». Actuellement, les chercheurs en économie appartiennent à la section 5, « Sciences Economiques », dont la diversité des approches scientifiques aussi bien en termes d’objet que de méthodes, est souvent remise en question.

Les sciences économiques, dans leur définition actuelle, sont souvent critiquées. Certains leur reprochent leur manque d’ouverture méthodologique, théorique, et leur manque de lien avec la réalité. La façon dont ces sciences sont enseignées fait aussi l’objet de critiques, en particulier parce que cet enseignement reproduit le manque de diversité des approches de l’économie.  Afin de pallier cette absence, l’AFEP propose de créer une nouvelle section « Économie et Société » au CNRS. Au-delà des critiques et des louanges, force est de constater que le débat ouvert à l’occasion de cette initiative a le mérite de nous inviter à questionner la place et le rôle des sciences économiques dans nos sociétés.

Des enjeux pour la société

La création de cette nouvelle section repose sur un constat : le manque de pluridisciplinarité au sein des sciences économiques et  interroge la place de l’économie dans la société en ayant le souci de la rapprocher des autres sciences : histoire, sociologie, démographie, mais aussi des sciences politiques, nous permettant de nous souvenir que l’économie est une science politique. Cette nouvelle section reposerait sur une pluralité des approches, des méthodes, des objets, ce qui constitue une réponse au manque de diversité souvent critiqué dans l’économie standard. Bien que la crise économique de 2008 ait quelque peu remis en question la viabilité des théories standards de l’économie, les courants hétérodoxes en économie (le marxiste, la régulation, les conventions, etc.) restent peu visibles sur la scène publique, largement dominée par les économistes orthodoxes, mainstream.

La façon dont l’économie est enseignée, traitée dans les médias, expliquée, est un enjeu de pouvoir important et il serait dangereux de laisser les sciences économiques devenir des sciences fermées sur elles-mêmes aux mains d’un groupe d’économistes dont la pensée est homogène.

La diversité des approches menacée

Cette marginalisation des courants de pensées hétérodoxes ne s’arrête pas aux portes de l’université dont le système de recrutement et de valorisation tend à promouvoir une pensée unique.

Les sciences économiques, à travers un recentrage sur l’orthodoxie, perdent en créativité et en compréhension. La création d’une nouvelle section, « Economie et Société », qui serait voisine de la section 5 « Economie » serait une solution à ce manque de diversité et de pluridisciplinarité. Les sciences économiques mainstream ayant achevé leur scission avec les autres sciences sociales. Ses défenseurs insistent sur la nécessité de regrouper des chercheurs d’un autre type dans cette nouvelle section : hétérodoxes oui, pluridisciplinaires aussi, et dont les méthodes empruntent parfois à d’autres sciences sociales. Cette nouvelle section leur permettrait ainsi d’accéder à des postes plus élevés au sein de l’université, postes qui leurs sont pour le moment difficilement accessibles.

Une scission critiquée

Tous les économistes qui se réclament de l’hétérodoxie n’appellent cependant pas de leurs vœux la création de cette nouvelle section. En effet, certains économistes s’inquiètent du danger de représentation que peut induire cette nouvelle section, pouvant très vite devenir une sous-section de la section 5 dans l’esprit des économistes, laissant ainsi la place à une section « noble » que serait la section 5 et à une section qui jouirait d’une reconnaissance et d’une prestance moindre : la section « Économie et Société ». Finalement, ils défendent l’idée que cette nouvelle section reviendrait tout bonnement à admettre que les hétérodoxes n’ont pas de légitimité à être dans la section 5, à admettre que ce ne sont pas de vrais économistes.

La proposition de création d’une nouvelle section par l’AFEP a au moins ce mérite de permettre aux économistes, aux praticiens d’autres sciences, humaines ou pas, aux non-économistes, de revenir sur l’épistémologie même de cette science et de poser des questions qui sont peut-être (trop) souvent mises de côté : quel statut et quelle place donnons-nous à l’économie dans nos sociétés ? Comment voulons-nous l’enseigner et comment envisageons-nous la recherche en sciences sociales ? Quel est le rôle des sciences économiques et quel sens voulons-nous leur donner ?

 


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